
La société minière britannique Savannah lance une campagne de désinformation
paru dans lundimatin#305, le 20 septembre 2021
Covas Do Barroso est une région au nord du Portugal, scène nouvelle d’une des luttes les plus importante de notre époque. La British Savannah Resources projette d’y ouvrir une mine de lithium à ciel ouvert de 593 hectares et qui deviendrait la plus grosse exploitation de ce type en Europe. La décision finale pour ce projet doit être bientôt annoncée par l’Agence Portugaise de l’Environnement.
Malmenée par des mensonges politiques, la population s’est mobilisée et organisée pour résister contre ce méga-projet.
Notamment en ouvrant un campement ce mois d’aout dernier. Accueillis avec générosité, des journalistes et activistes d’Espagne, du Mexique, de Suisse, de France et de tout le Portugal ont pu rencontrer et discuter avec les habitantes et habitants en résistance, partageant autour de leurs luttes et de leurs résistances.
Depuis 2018, les populations des régions et territoires du Portugal se sont indignées et soulevées contre différents projets d’exploitation minière de lithium. Les entreprises ont utilisé plusieurs médias locaux et nationaux pour pouvoir contrôler les discours concernant l’activité minière et le lithium, les présentant systématiquement comme la solution soutenable et « verte ». Certains de ces articles se vendent même comme des « reportages », et cachent en réalité une désinformation dangereuse qui sert uniquement aux entreprises.
C’est dans ce contexte, et, continuant cette campagne de désinformation, que ce dernier 28 aout se publie un long entretien dans un des plus grands journaux nationaux : Diário de Notícias. Relayé dans son supplément Dinheiro Vivo, l’entretien se voit octroyé la une des deux gazettes. En prétendant faire du journalisme, l’entretien de David Archer- PDG de la Savannah Resources est mené par Joana Petiz, directrice éditoriale du DV et subdirectrice du DN. Autrement dit, il s’agit d’une publicité gratuite, sans point de vue critique, mais avec un ton paternaliste et insultant, ridiculisant les habitants de Barroso qui défendent leur territoire et leurs vies depuis des années.
British Savannah Resources est l’entreprise minière qui a l’intention d’ouvrir une mine de lithium de 593 hectares à ciel ouvert à Covas do Barroso. Face au silence des projets de fact-checking (désintox) reconnus, nous avons décidé de soumettre ces deux écrits à une vérification rigoureuse des faits.
Barroso : Une « région moribonde » ?
Dans son éditorial, Petiz qualifie Barroso de « région de plus en plus dépourvue d’habitants, de capacité à survivre, ou de diversification de ses moyens de subsistance ». Ce qu’elle qualifie comme une « région moribonde » est en réalité classifié par la FAO comme Patrimoine Agricole Mondial depuis 2018 : prenant en compte « la forme traditionnelle de travailler la terre, du soin des animaux et de l’entraide entre ses habitants ». C’est la seule région du Portugal à bénéficier de cette classification, et l’une des 7 dans toute l’Europe. Une grande partie de la région fait aussi partie de la Réserve de la Biosphère Transfrontalière Gerês-Xurès, créée en 2009.
Dans cette région, la « capacité de subsistance » et les « moyens de subsistance » proviennent en grande partie de l’activité agricole et de l’élevage, en particulier de la raza Barrosã. Il s’agit d’une race bovine qui s’est déjà trouvée au bord de l’extinction dans la région, précisément lors de grosses activités minières (majoritairement l’extraction du tungstène en galerie jusqu’aux années 1980). Sa viande est, d’après beaucoup de personnes, la meilleure du Portugal.
La majorité des villages ont toujours des terres communales, les « baldios », administrés encore collectivement. Dans beaucoup de coins de Barroso, on conserve d’autres pratiques anciennes comme la gestion collective de l’eau et d’autres ressources. Dans les villages qui se situent dans la montagne, nous y trouvons aussi une vie associative et culturelle dynamique.
S’il est vrai qu’il s’agit d’une région avec une population vieillissante et qui a connu un dépeuplement dans les dernières décennies, à l’image de tout l’intérieur du pays, c’est tout sauf une région moribonde « dépourvue d’habitants et de sa capacité de subsistance ».
Des 800 emplois aux mines intelligentes
Dans l’entretien, David Archer affirme que les mines génèreront « environ 200 emplois directs et 600 indirects ». Chiffre déjà connu depuis L’Étude de l’Impact Environnemental (EIA- Estudio del Impacto Ambiental) présentée par l’entreprise et sans doute basée sur de sérieuses prévisions d’un spécialiste reconnu dans le domaine. Archer va encore plus loin, suggérant que « dans ces 200 emplois directs, on parle des familles, donc l’impact des personnes bénéficiaires en sera trois fois plus important ».
Quiconque est allé à Barroso, rencontré sa population et ses formes de vies, peut comprendre sans difficulté ce que représente cette gigantesque mine à ciel ouvert dans une région prospère en agriculture et pâturage.
Les explosions, la poussière, les déviations des cours d’eau pour l’usage des exploitations minières, la contamination des autres rivières… Tout est incompatible avec leurs manières de vivre. D’autant plus que l’on parle d’extraction à seulement 40 mètres des premières maisons, dans le cas de la mine ouverte de Borralha, et à 200 mètres pour les mines prévues à Covas do Barroso.
Dans ces études et prévisions sont comptabilisés des emplois dont l’origine est incertaine, mais les personnes dont les modes de vie se voient menacés par ces projets, elles, ne le sont pas. Si tous les projets miniers de la région de Barroso devaient se poursuivre, combien de centaines d’agriculteurs, bergers, éleveurs et apiculteurs, ainsi que leurs familles, devraient abandonner la vie qu’ils ont toujours connue ?
Mais revenons aux 200 emplois… Si nous nous demandons quels sont ces emplois et à qui ils s’adressent, nous trouvons la réponse dans ce même entretien. David Archer nous en informe : « il s’agit d’emplois spécialisés, comme infirmier, géologues, scientifiques de l’environnement, comptables, techniciens informatiques, à savoir, des carrières valorisées avec des salaires supérieurs à la moyenne de la région ». En d’autres mots, ce ne sont bien évidemment pas les centaines de familles qui vivent de l’agriculture et de l’élevage qui en bénéficieront, mais des gens venant de l’extérieur.
Et cependant, pour des projets de cette envergure, ils auront certainement besoin de beaucoup de main-d’œuvre non qualifiée, n’est-ce pas ? Archer précise : « Nous sommes (…) en collaboration avec de nombreuses entreprises portugaises (…) pour développer une mine intelligente, contrôlable à distance, avec une série de capteurs de surveillance de l’environnement, qui fournissent des informations en temps réel dans une application, etc. ».
C’est à dire, des processus automatisés dans lesquels une grande partie du travail est réalisée ou assistée par des machines. Ces promesses de travail visent à acheter la population locale, mais ne lui sont pas destinées. Pour connaitre le futur réel de ces promesses, il suffit de regarder la mine ouverte de Lousas, dans la paroisse voisine de Couto de Dornelas. L’entreprise Felmica y extrait du quartz et du feldspath depuis 2008. Les emplois ne profitent qu’à… une dizaine de personnes.
La mine, le développement de la région et le travail avec la communauté
Dans l’entretien, David Archer affirme : « ce projet (…) va amener une demande immobilière, [il a le potentiel de] catalyser la relocalisation des services publiques- écoles, services de santé, service postale, etc. La mine fera partie de
la solution pour revitaliser cette région et inverser la désertification, amener un marché pour les productions agricoles, et assurer la promotion de ces productions et d’autres activités ».
Car enfin, comment revitaliser et inverser la désertification d’une région en y faisant des excavations ? Qui veut vivre à côté de gigantesques cratères, à côté d’explosions journalières de 720 kilos- dans le cas de la Mine de Borralha-, voir depuis sa fenêtre des entassements de presque 200 mètres de haut comme ils pensent le faire à Covas do Barroso ?
Après tout, comment créer un marché pour les productions agricoles et assurer ces productions et activités dans une zone occupé par les mines ? Qui voudra manger de la viande de vaches qui vivent dans la poussière, et dans une terre où l’eau est contaminée ? Qui réussira à rester berger, apiculteur, fermier, éleveur dans ces conditions ?
Les demandes de Petiz orientent l’entretien du CEO de manière confortable pour eux, en évitant les questions difficiles ou critiques. Y compris en partageant des informations sur les programmes inouïs de Savannah concernant la population : « Savannah Lithium a aussi établi des fonds de compensation à hauteur de 600.000 euros / an pour travailler aux côtés de la communauté et dans des programmes de bon voisinage. Comment cela va se matérialiser ? »
Ce à quoi répond Archer : « Ce pourra être des écoles de formation professionnelle, des actions pour promouvoir les entreprises locales, l’achat d’ambulances ». À ses yeux, la population de Barroso est un groupe de campagnards qui se laisseraient acheter à n’importe quel prix. Mais ce n’est pas le cas.













Vue d’ensemble du site Iter, en novembre 2020. ©
Cette cuve est le premier équipement à prendre place dans le sous-sol du bâtiment tokamak d’Iter, en juin 2016. ©
Une bobine poloïdale de 400 tonnes fabriquée par l’institut chinois ASIPP pour Iter, ici le 20 septembre 2019. © 









